ISSN: 2038-0925

“Révolution et émancipation”

2 et 3 février 2018, Paris.

Organisateurs : LCSP Paris 7 Diderot, CRESPPA Paris 8, Logiques d’Agir, Sophiapol Paris 10

Nanterre, CESPRA / EHESS, CERAPS Université Lille 2, IIAC CNRS, ICT Paris 7 Diderot,

Espaces Marx.

Revue partenaire : Actuel Marx.

Appel à communications

Au sens strict, une révolution est un changement de régime politique. Elle est aussi définie par le

Larousse comme un « changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un

État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place, prend le pouvoir et

réussit à le garder ». Mais en mettant l’État et la violence au centre de la définition, ne se prive-t-on

pas de penser la diversité des moments révolutionnaires ou insurrectionnels et de leurs effets ?

Que signifie « prendre » et « garder » « le » pouvoir ? De quel universel les volontés subversives se

réclament-elle ? De quelles autorités, de quelles légitimités les prétentions révolutionnaires se

prévalent-elles ?

Trois révolutions sont classiquement évoquées dans le domaine de la théorie politique : les

révolutions américaine, française et bolchévique (dont on fête le centenaire en 2017). Elles ne sont

assurément pas les seules : 1848 en France, la Commune de Paris (1871), la révolution chinoise,

cubaine, la guerre d’Espagne ou plus près de nous la révolution zapatiste et les « révolutions par les

urnes » en Amérique latine contemporaine (comme la révolution bolivarienne au Venezuela), « les

printemps arabes ». Les révolutions ont été décrites, dans les sciences sociales, à partir d’une

multitude de problématiques et de modalités d’explication : on a pu insister sur la singularité de

certains phénomènes révolutionnaires, donc sur leurs spécificités irréductibles, ou sur les affinités

profondes qui relient la plupart des révolutions, du passé et du présent ; on a pu les expliquer à

partir d’un ensemble de causes ou de variables structurelles, à travers des modèles séquentiels, ou

des logiques propres aux événements politiques qui les composent. Les révolutions peuvent être,

par ailleurs, rapides ou lentes, précédées de signes avant-coureurs ou non, inachevées ou non,

porteuses de continuités souterraines ou au contraire d’inédit. Les études postcoloniales ont par

ailleurs mis en évidence que les révolutions ne sont pas une spécificité occidentale et que de

multiples traditions révolutionnaires, c’est à dire de multiples manières de penser et pratiquer le

changement violent d’un régime politique, ont parsemé la planète à l’âge moderne et

contemporaine. L’anthropologie, de son côté, a montré que les sociétés de petite taille ne sont pas

non plus exemptes de changements brusques d’organisation sociale. Les contestations politiques ne

se font pas toujours au nom d’un changement de régime mais peuvent investir des formes de vie

alternatives et d’autonomie radicale (ZAD, socialistes associationnistes etc.).

Si c’est l’histoire qui scelle, en fin de compte, la « réussite » (aussi partielle soit-elle) ou l’« échec »

de la révolution, un certain nombre de questions surgissent. Que veut dire « réussir » pour une

révolution ? Comment jongler entre les convictions idéologiques et programmatiques des

révolutionnaires eux-mêmes et la perception du changement social profond dont la révolution est

l’autre nom ? Comment analyser la part de violence et de radicalité dans la phénoménalité

révolutionnaire, entendue comme prise du pouvoir ? Qu’est-ce que la violence ? Qu’est-ce que la

radicalité ? Par rapport à qui, à quoi ? Quel rapport entre les phénomènes de subjectivation et les

transformations plus structurelles du monde commun ? Y compris la transition des usages des

médias imprimés vers le numérique ? Dans l’émergence et la diffusion des soulèvements, quels liens

entre les dynamiques des subjectivations et celles des organisations ? Par ailleurs, les révolutions

peuvent être suivies de contre-révolutions ou peuvent être conservatrices : le camp de

l’émancipation n’a pas le monopole de la révolution. La réaction contre-révolutionnaire est-elle

inévitable ? Est-ce que l’on peut, à cet égard, distinguer les révoltes et les insurrections des

révolutions ? Que peut-on tirer des expériences historiques sur ces sujets ? Que nous apprennent

l’histoire, la philosophie, l’anthropologie ? En science politique de nombreux débats ont surgi

autour des relations entre réformisme et révolution, débats qui se sont renforcé après les

« révolutions pacifiques » en Amérique Latine. Est-il possible de faire une révolution en restant dans

le système de la démocratie représentative ? Une révolution peut-elle être l’effet de l’accumulation

d’un certain nombre de réformes structurelles ? Comment une révolution devient-elle

hégémonique ? Pourquoi certains processus politiques choisissent-ils le mot révolution comme

identité politique ?

Ce qui motive ce colloque est, au fond, de chercher à comprendre à quelles conditions, sociales,

historiques et politiques, une révolution peut être le vecteur de l’émancipation. Le centenaire de la

révolution russe de 1917, qui joua un si grand rôle au 20ème siècle, mais fut aussi une très grande

déception, semble fort propice pour cet examen, pour lequel les organisateurs mobiliseront les

éclairages de la philosophie, de la sociologie, de la science politique, de l’anthropologie politique et

de l’histoire.

Le colloque se déroulera les 2 et 3 février 2018 dans un lieu encore à préciser.

Les communications proposées présenteront à la fois un point de vue théorique et un terrain

empirique, de manière à pouvoir confronter ce que chacun dit depuis une situation quand il parle de

“révolution”. La révolution est une notion concept feuilletée et nous voudrions pour ce colloque

inaugural pouvoir revisiter sur un mode critique et empirique ce feuilletage.

Les propositions de communication feront 3000 signes maximum, elles

mentionneront adresse, discipline principale et affiliation et sont à envoyer avant le

5 mai 2017 à l’adresse suivante : revolutions2018@gmail.com

Conseil scientifique :

Vincent Bourdeau (philosophie politique), Manuel Cervera-Marzal (philosophie politique), Sophie

Coeuré (histoire), Marie Cuillerai (philosophie politique), Hugo Touzet (sociologie), Christophe

David (philosophie), Jean-Numa Ducange (histoire), Kevin Eybert (sociologie), Jules Falquet

(sociologie), Anders Fjeld (philosophie politique), Fabrice Flipo (philosophie politique), Stéphane

Haber (philosophie politique), Samuel Hayat (histoire), Laurent Jeanpierre (science politique),

Azadeh Kian (sociologie), Matthieu Le Quang (science politique), Michèle Riot-Sarcey (histoire),

Jean-Marc Salmon (sociologie), Federico Tarragoni (sociologie), Sophie Wahnich (histoire).

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